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La complexité de la société

jeudi 8 juillet 2021

Certains de nos concitoyens ne comprennent pas la complexité et la diversité de la culture d’un pays tellement ils sont habitués à la pensée unique. Ils ne voient dans la France que des neocolonialistes et affirment que le salut de la Tunisie passe par une rupture des relations avec elle aussi complète que possible et que ceux qui ne pensent pas comme eux sont des valets du neocolonialisme français.

Il est bien évident qu’il y a des neocolonialistes français mais il y a aussi parmi les français des anti- neocolonialistes. Par exemple ceux qui ont soutenu à leur péril l’indépendance de l’Algérie et étaient victimes d’attentats commis par l’organisation terroriste française OAS (Organisation de Armée Secrète du général Salan) . J’ai eu comme professeur à l’université Paris VII, un survivant d’un attentat qui a laissé de lourdes traces sur sa figure, alors qu’il n’était même pas un militant politique, mais simplement un sympathisant de la cause algérienne. L’organisation terroriste d’extrême droite ne supportait que des membres éminents de l’université française soient anti-colonialistes et pour l’indépendance de l’Algérie.

La société humaine est ainsi faite. Au sein même d’un pays, il y a une diversité de cultures, d’opinions, de visions du monde et du progrès de l’humanité.
En Tunisie, certains citoyens considèrent que les francophones sont des valets du neocolonialisme français. C’est d’abord une vue bien superficielle qui dévoile bien souvent un complexe d’infériorité, résultant de la non maîtrise de la culture française. Ces citoyens francophones ont eu la CHANCE de non seulement d’apprendre la langue française, mais surtout d’accéder à la CULTURE DES LUMIÈRES, française et autres, qui a fait évoluer le monde du système féodal au système démocratique, et qui a libéré la SCIENCE de la domination des religieux.

Regardons notre propre société. Est-ce que notre culture arabo-musulmane est homogène et d’une seule couleur idéologique ? Est-ce que Tahar Haddad, Ali Douaji, Abul Kacem Echaabi étaient des valets des français ? Pourquoi les islamistes ne les aiment pas ? Pourquoi ne parlent ils de Ibn Sina, Ibn Rochd, Houcine Mouroua, Taha Hussein et de bien d’autres encore ?

L’intelligence c’est de savoir distinguer les discours, les idées, les intérêts comme on distingue visuellement les couleurs. L’intelligence c’est de détecter une couleur précise dans différentes cultures, différents pays et d’établir un réseau d’idées, d’intérêt si c’est bien la couleur qu’on a choisie. Il faut savoir se considérer d’abord et avant tout comme un ÊTRE HUMAIN au même titre que les autres humains. En tant que tels, tous les humains sont soumis aux mêmes problèmes sociaux, culturels, économiques,...

Notre problème à nous tous, à toute époque historique et partout sur cette terre, c’est comment vivre ensemble, comment partager le plus équitablement possible les richesses naturelles, les produits de notre travail, les connaissances et les savoir-faire. Certains ont inventés des modèles organisationnels et politiques basés sur l’autoritarisme, l’inégalité entre les humains en se servant d’une religion, d’une langue de communication comme base morale de la société, d’une nation. D’autres ont inventé d’autres modèles organisationnels et politiques basée sur l’idée de la démocratie, de la coexistence des cultures et des religions. Les discours identitaires sont utiles dans la gouvernance de tout pays, de toute nation.

Il y a des discours qui contiennent les germes de l’exclusion de l’autrui, de la pureté d’une race, d’une religion, d’une langue et il y a des discours de la coexistence des cultures, des religions, des langues. Les premiers mènent à des régimes politiques autoritaires, exclusifs et guerriers. Les seconds mènent à des régimes démocratiques, ouverts. Bien sûr notre monde réel est beaucoup plus complexe que cette esquisse mondiale. Mais sur le plan des valeurs qui animent chaque humain, les deux systèmes de valeurs ne peuvent coexister chez un même individu. Si on ne peut vivre sans boussole, on ne peut vivre non plus avec deux boussoles. Cette boussole s’installe petit à petit par notre environnement et par notre éducation, on peut la changer. Cela dépend de la nature de notre éducation, de notre intelligence individuelle et surtout de la force de notre soif de liberté et d’épanouissement.

Un discours identitaire basé sur la langue ou la religion est un discours qui contient des germes de racisme, de tribalisme, de féodalité, de dictature et de conservatisme social et politique. C’est une boussole qui montre les siècles où le commerce des humains était source de puissance et de pouvoir.

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2020-05-08
Taoufik Karkar